L'avantage d'être beau

septembre 5, 2015

VIE AU TRAVAIL
La beauté en entreprise
Isabelle Massé La Presse
La beauté a plus de poids dans certains milieux professionnels. Dans l’univers de la publicité et des postes de représentation, notamment, où on serre des mains, où on rencontre constamment des clients. « Il y a effectivement une importance accordée à la beauté dans mon industrie, estime Dominic Tremblay, président de l’agence Tuxedo, créatrice des campagnes de Dermablend [Zombie Boy et Camo Confession]. Mais la définition change. Aujourd’hui, la personnalité des égéries est très importante, par exemple. Les critères sont plus larges.
« Par ailleurs, beaucoup de gens dans notre milieu prennent soin d’eux et affichent un côté créatif, mais c’est un trait de caractère de cette industrie. Cela dit, recruter des gens beaux, c’est emprunter une fausse piste. »
« La beauté influence en recrutement, admet Normand Lebeau, président de la firme de recrutement Mandrake Vézina Lebeau. Mais plus on monte, plus les compétences comptent. Pour des postes juniors, plus de gens jouent la carte de la séduction. C’est non existant pour les postes d’exécutif ! Mais si la personne paraît bien, c’est un plus. »
Liza Kaufman apparaît souriante, lumineuse et magnifique sur le site internet de Sotheby’s. L’associée fondatrice du bureau du Québec de l’agence immobilière de luxe a déjà été photographe mode et, à sa première année chez Re/Max, où elle travaillait auparavant, elle a été nommée Novice de l’année. À cause de sa beauté ? « Non, ce n’est pas un critère de réussite dans ma carrière, juge-t-elle. Plutôt parce que j’ai confiance en moi. Quand on projette de la confiance, les clients le ressentent et en bénéficient. Ce n’est pas tout d’avoir un beau visage, il faut prouver aux gens qu’on est bon. »
Selon des études françaises et américaines, les gens attirants auraient plus de chances de réussir. Votre collègue de travail qui fait tourner les têtes ou votre patron qui a un regard bleu perçant auraient rencontré moins d’embûches sur leur route professionnelle. Les portes se seraient ouvertes plus facilement pour lui ou elle. « C’est prouvé, dit Nathalie Gauthier, directrice des ressources humaines du cabinet Miller Thomson. C’est plus facile en entrevue de se démarquer. »
« À qualités égales, la personne de belle apparence est engagée, selon un reportage américain diffusé récemment, ajoute Lise Watier. C’est injuste. »
Aux yeux de l’entrepreneure, la séduction fait davantage avancer que la beauté. « La séduction, mais pas celle associée à la sexualité, est primordiale en affaires, soutient Lise Watier. Une personne qui postule doit séduire avec vivacité, enthousiasme. Ce n’est pas que physique. »
Il y aurait tout de même un lien entre le physique et les revenus. « Entre autres expliqué par le fait que votre estime personnelle est plus élevée », dit Jacques Forest, psychologue et chercheur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.
Le problème ne provient pas forcément à l’étape de la sélection de candidats en entreprise. « Dès l’école primaire, on prête aux enfants beaux des qualités qu’ils n’ont pas forcément, note François Courcy, psychologue du travail, professeur à l’Université de Sherbrooke. L’apparence avantageuse est très ancrée. Et on a tendance à reproduire le modèle au travail, soit de prêter de bonne foi des compétences aux gens beaux. »
Les salariés britanniques « laids » perçoivent des salaires de « 11 % à 15 % inférieurs », selon l’étude britannique Beauty, Statute and the Labour Market, citée dans le magazine Psychologies.
« On remarque dans les études que la beauté est associée à plusieurs conséquences positives, ajoute Pascale Denis, professeure, département d’organisation et ressources humaines de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. Les gens beaux sont plus souvent recommandés en sélection. Ils sont perçus spontanément comme étant plus qualifiés et intelligents. Notre cerveau encode certaines caractéristiques sans les avoir validées. Mais en validant, on peut s’apercevoir qu’elles ne se qualifient pas toujours pour un poste. »
Dans certains domaines, un changement de culture est toutefois noté. « Je recrute des adjointes juridiques, raconte Nathalie Gauthier. Il y a une pénurie dans le marché. Ce n’est pas comme il y a 25 ou 30 ans. J’imagine que le côté physique avait plus d’importance à cette époque, car l’avocat donnait son avis. Maintenant, on a des CV, on rencontre les gens, on fait des tests. On a d’ailleurs un code d’éthique où l’apparence, la religion, le sexe, la race ne doivent pas entrer en ligne de compte en sélection. La candidate a beau être belle, si elle ne réussit pas ses tests, ça ne passe pas ! »